À Propos

Cappella Mediterranea

Chœur de chambre de Namur

Leonardo García Alarcón direction

PROGRAMME

Missa Sapientiae Antonio Lotti
Missa brevis, BWV 235 Johann Sebastian Bach
Motet "Der Gerechte kömmt um" (d'après J. Kuhnau) Johann Sebastian Bach


Avec ses Missae breves, Bach a signé quatre messes audacieuses dont la richesse musicale n’a rien à envier à sa grande Messe en si mineur, BWV 232. Dans la Missa brevis, BWV 235, Bach se révèle un maître dans l’art d’absorber les différents styles musicaux de son époque. Les autres œuvres inscrites au programme de ce concert attirent l’attention sur quelques sublimes arrangements du Cantor. Bach a ainsi profondément remanié la festive Missa sapientiae d’Antonio Lotti. Il a fait de même avec le motet Der Gerechte kommt um de Kuhnau, qui revête un idiome typiquement bachien. La Cappella Mediterranea, ensemble au tempérament unique, est un interprète à la hauteur de ces œuvres baroques qui portent immanquablement le sceau de Bach.

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VARIANTE DU PROGRAMME :

Missa Sapientiae Antonio Lotti

Magnificat Johann Sebastian Bach

Mariana Flores Soprano 

Christopher Lowrey Contre-ténor

Fabio Trümpy Tenor 

Christian Immler Basse 

Leonardo García Alarcón direction 

Cappella Mediterranea

Chœur de chambre de Namur

Cantique entonné par Marie à la louange de Dieu après que sa cousine Élisabeth eut salué en elle la mère du Seigneur, le Magnificat semble avoir fait partie de l’office catholique des vêpres dès l’établissement des règles de la liturgie. Les réformateurs luthériens du 16ème siècle l’ont conservé. Il était chanté en allemand aux offices de vêpres des samedis ou dimanches, et il était même autorisé de revenir au seul texte latin, mais seulement à l’occasion de grandes fêtes comme Noël ou Pâques.

C’est précisément à destination de la fête de Noël que Johann Sebastian Bach a mis en musique ce texte dès son arrivée à Leipzig, en 1723. Pour l’occasion, il interpole des textes en allemand en rapport avec la fête du jour au sein du texte latin initial, et fait au passage des références musicales à l’œuvre de son prédécesseur à St-Thomas de Leipzig, Johann Kuhnau. Quelques années plus tard, il revient à cette œuvre et en réalise une seconde version, en revenant au seul texte latin, en adoptant la tonalité de ré majeur (plutôt que le mi bémol majeur de la première version) et en modifiant l’instrumentation : abandon des flûtes à bec au profit des flûtes traversières et des hautbois. C’est cette version retouchée qui s’est imposée au répertoire.

Bach signe ici une partition à large effectif, à la fois vocal (5 voix et non 4, avec des sopranos divisées) et instrumental : 3 trompettes, timbales, flûtes, hautbois, bassons, cordes et orgue. L’aspect solennel de ce Magnificat ressort immédiatement, dès le mouvement initial riche en guirlandes instrumentales fastueuses. Le compositeur fait preuve tout au long de l’œuvre de sa rare capacité à servir le texte à travers une succession de tableaux colorés et contrastés allant de la douceur pastorale aux épanchements choraux spectaculaires. Il semble également soucieux d’aller à l’essentiel, sans diluer le discours dans de vains arias da capo. Il réalise ainsi l’une de ses œuvres les plus lapidaires, mais aussi l’une de celles où la congruence entre le texte et la musique se révèle avec le plus d’éloquence.

Si Johann Sebastian Bach s’est forgé une langue musicale à nulle autre pareille, c’est aussi grâce à son immense connaissance de l’art de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Dès son enfance, il bénéficie de son accès aux trésors familiaux, à savoir à l’une des bibliothèques musicales les plus riches d’Europe. Mais il veille à nourrir son expérience au contact de nombreuses œuvres qu’il copie inlassablement, s’intéressant tout particulièrement aux maîtres allemands qui l’ont précédé et aux meilleurs compositeurs italiens à propos desquels il revendique une véritable filiation technique et esthétique. C’est notamment le cas d’Antonio Caldara et d’Antonio Lotti, qu’il apprécie par-dessus tout. Le second nommé est alors célèbre à la fois en tant que compositeurs d’opéras et que spécialiste de la musique sacrée. Il s’est notamment rendu à Dresde, où il s’est lié d’amitié avec Jan Dismas Zelenka. Parmi les grandes œuvres que Bach copie alors figure la Missa Sapientiae, une œuvre aux vastes dimensions chorales mais limitée aux seuls Kyrie et Gloria, se rapprochant ainsi de la forme des Messes luthériennes, que Bach met brillamment en œuvre par ailleurs.

Cette œuvre ne semble pas avoir été composée par Lotti lors de son séjour à Dresde (1717-1719). Elle a été retrouvée sous la forme d’une copie de la main de Zelenka, qui lui a sans doute donné son nom à cette occasion, en associant un Kyrie en sol mineur et un Gloria en Sol Majeur issus de sources antérieures dans le catalogue des œuvres de son confrère italien. Le travail de Zelenka, qui destinait cette messe aux offices de la chapelle catholique de la cour de Dresde, a porté également sur l’instrumentation, afin de profiter de la richesse de coloris qu’offrait l’orchestre de la cour. Par rapport à la version originale de Lotti, les timbres sont ainsi plus diversifiés, les cordes bénéficiant à de nombreuses reprises de l’apport des bois, de sorte à magnifier davantage encore la variété d’écriture de Lotti, ses fugues élaborées, son ton volontiers empreint de solennité, ses développements construits autour de courtes idées mélodiques et d’inventives progressions harmoniques. Johann Sebastian Bach a visiblement apprécié la découverte de cette Missa Sapientiae, au point d’en réaliser à son tour une copie au départ de la source de Zelenka.

Jean-Marie Marchal

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